Un visage, un sourire

Ce midi, enfin, quand je dis ce midi, il était passé 14h et je cherchais un endroit pour me restaurer.

Je trouve près de Time Square un Fastfood self-service, genre tu prends un plateau, ton plat (type que tu as en service traiteur de ton supermarché), un emballage en plastique, que tu remplis, de crudités, salade etc…

Tu paies ton plateau au poids. Tu peux ainsi manger à peu près diététique pour moins 10$.

Je m’installe au fond du Cafe Duke.

C’est une vraie fourmilière cet endroit, malgré l’heure avancée pour un petit français, c’est carrément bondé et tout s’agite.

Le personnel chargé de préparer les sushis (vi, c’est la mode partout, même ici) semble monté sur ressort.

L’ambiance de table fait plus penser à cantine, une auberge de jeunesse qu’une salle de restau.

Je déguste mes crudités et mon regard tombe en arrêt sur un couple mixte dans un angle de la salle.
Ils ont de grands sacs tricotés en laine, au crochet, enfin, je suppose, multicolore qui font penser à des couleurs d’Amérique du sud.
Et ils tricotent, l’homme et la femme, des objets, d’où je suis, je ne vois pas très bien.

Comme j’ai mon appareil sur moi, je me décide après quelques hésitations, à prendre une photo. Je n’ai pas le temps de sortir mon appareil que déjà, la femme agite ses bras pour me faire comprendre que je ne suis pas bienvenu en tant que photographe.

Je détruis mon cliché et poursuis mon repas.

De loin, l’homme avec son bonnet me jette un regard noir.

J’ai fini de manger et je dispose les reliefs du repas dans la poubelle, façon MacDo quand tu débarrasses ton plateau.

Puis, je me dirige vers l’homme pour le saluer et discuter.

L’homme me reproche de prendre une photo sans même lui proposer un « tip ». Je m’étais dit dans ma valse d’hésitations que je passerai de toute manière pour en savoir plus sur son activité… Je n’en ai pas eu le temps.

L’immense sac en laine tricoté est en fait un sac poubelle « habillé ». L’effet est du plus chic.
L’homme et la femme tricote des petits objets, des bracelets, des porte-monaies, des petits sacs, tout un tas de petits objets qu’ils vendent pour subsister.

Avec mon accent au couteau, il ne tarde pas à me demander d’où je viens. Il me dit qu’il a perdu son job à cause d’un français… Je me dis que si j’avais été italien…

Au moment de partir je demande à voir les objets artisanaux qu’ils vendent. La femme me sort ses bracelets, ses porte-monnaies et m’indique des prix dignes de la 5ème Avenue.

Je m’aperçois que je n’ai pas assez de monnaie pour acheter l’un ou l’autre des objets tricotés et je n’ai pas vraiment le cœur à entamer un marchandage.

Elle me dit qu’elle n’a pas mangé ce midi. Je lui donne mon buck en guise de ticket restau. Mais au moment de partir, elle tient absolument à me faire un petit cadeau. Elle me dit qu’elle a aimé mon âme et que mon sourire valait plus que tout argent. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé avec un bracelet de laine au poignet droit, un porte bonheur me dit-elle, pour l’amour, et elle me détaille les 4 brins de laine qui finissent le bracelet en les étiquetant virtuellement d’une lettre, L, O, V, E !

PS: Donc pour manger pas très cher, au cœur de Manhattan, près de Time Square, le Cafe Duke et prévoir un peu de monnaie pour acheter des objets tricotés mains, un sourire, et un peu de temps pour se poser. Et repartir le cœur comme çà 🙂

2 réflexions au sujet de « Un visage, un sourire »

  1. Est-ce qu’un sourire peut changer le cours d’une vie ? Voilà une bonne question. La preuve : elle continue de vivre bien après que l’on y a répondu, que cette réponse soit oui ou qu’elle soit non. Elle se moque de sa réponse. Elle file, vagabonde, musarde, bat des ailes – papillon de la question insoucieux du filet des réponses. Est-ce qu’un sourire, sachant qu’il ne dure jamais qu’un dixième de seconde, est assez solide pour y bâtir sa vie entière, des années et des années ? Pas de réponse, au diable les réponses, au diable les années et les années.

    C.Bobin, Geai.

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