Automne

Ce matin, je pars tôt.

J’ai même réveillé le chaton qui s’est dressé comme un tigre quand je suis passé par la mezzanine.
Il fait déjà nuit. Depuis hier, l’automne s’est invité.
Dehors aussi, il fait nuit.

Je prends une douche bien chaude, Mmmhmm! Je serai bien resté une éternité de plus. Dans le miroir, une barbe de deux jours me ramène à la réalité.
J’avale un café et deux tartines sans y prêter attention.

Je me suis pris une chemisette estivale, avec des tons bleus, et une cravate aussi, toute bleue :). C’est comme une coquetterie pour garder l’été au creux, ou peut-être aussi, sans se l’avouer vraiment, pour garder un petit bout de romance inavouée.

Le chaton est maintenant très réveillé et s’est invité dans mon sac. Je le chasse gentiment. Il part comme une furie en chasse et revient quelque temps plus tard avec dans la gueule une souris toute bleue. Non, ce n’est pas un rêve, si çà continue, il va réveiller toute la maisonnée avec ce petit grelot qui tintinnabule à chaque mouvement d’espièglerie que le chaton inflige à son trophée.
Je pars, dehors pas un souffle, tout le monde dort encore. Je retiens le mien et sors à pas de velours pour ne réveiller personne.

La nuit est là.

Dans la rue, comme un courant d’air de sorcière, un brin de vent inattendu, genre musique intense dans un western quand rien ne se passe, juste avant le tourbillon d’activité.

Je suis presque porté, le vent caresse mes cheveux, c’est doux, très doux.

Dix minutes plus tard, je tourne la clé de la voiture de service. La radio se cale sur Skyrock.
Tiens, je ne savais pas que l’on pouvait capter SkyRock par ici.
Départ.

Le ton de la radio est ostensiblement branché, comprendre, rien à dire, l’inanité à l’état pur, juste un flot de parole au vocabulaire étriqué pour accompagner un réveil sans douleur. C’est un effet de mode, tout doit se faire désormais sans effort ni douleur, dans la facilité. Je ne change pas de station et me laisse porter négligemment par les ondes.
J’assiste à un réveil humain en direct. La gratuité du délire pour vous faire rire ou sourire dès l’aube. J’avoue avoir un peu de mal. Tous les protagonistes interpellés au téléphone ont raccroché devant d’ineptiques propos matinaux. C’est le mode « morning live » comme il se doit d’être fait à cette heure-ci de la journée sur ces radios impertinentes qui sont nées dans mes années 80 🙂 ))). L’impertinence a vécu, c’est désormais un mode tout à fait morne.
Une chanson rap est lancée dans la foulée. D’habitude, j’ai mille difficultés à saisir les paroles d’une chanson, mais là, est-ce l’absence de musicalité, est-ce la teneur du message, je comprends presque tout! A ma grande stupéfaction, l’objectif est sans doute de heurter la sensibilité, quoique… je ne sache que penser vraiment devant tant de dénigrement de la position du sexe dit faible, affublé du sobriquet de thon. L’animateur ne tarit pas d’éloges, je suis sans voix devant le ton.

Un rire sarcastique d’une demi-seconde à reconnaître sur les ondes. Je crois avoir reconnu la voix de l’acteur du film d’hier soir sur la 2, « Tout pour plaire » que Télérama avait classé dans la catégorie « Rien pour plaire », passer sur une autre chaîne !

Pourtant les dialogues étaient truculents, et bien servis par Mathilde Seignier (Orthographe ???). Alors si Télérama écoute ce matin les ondes…

Perdu! C’était Chabal, le joueur de rugby à la tignasse sauvage (vi, je précise pour les ceusses qui n’auraient pas encore l’esprit ovale). Quelques blagues un peu potaches autour du personnage, et j’arrive dans la ville, le ciel s’éclaire dans un halo gris foncé. Presque un lever de soleil, sauf que c’est encore la nuit dans l’aube, les lumières de la ville réchauffent la planète et la luminosité d’en haut.

Le TGV est bondé, la rentrée est bien là!

Quelques 300Km/h plus tard j’ai rattrapé le soleil levant. Dans la brume du matin et les nuages un peu hauts, le spectacle est toujours aussi beau, très, très beau.

Le soleil est tout rond comme une horloge. Il a des couleurs jaunes orangées, et les nuages tout autour se sont embrasés. Entre les braises d’un feu de camp rougeoyant et une coulée de lave volcanique. Je n’ai pas sous la main un Nikon Coolpix P5000 pour te prendre une photo, ferme les yeux et imagine.

Imagine, je ne peux plus soutenir la ligne d’horizon, le brasier est trop intense. Sur mon écran, mille lumières papillonnent. La ventilation s’est mise en route pour refroidir timidement le cœur du foyer. Quelques éoliennes découpent leur bras dégingandés et impuissants dans un rythme imperturbable.

Le soleil monte dans le ciel inexorablement, le train tente de le rattraper, il se précipite dans la gueule du loup, je suis inquiet, l’horizon est devenu complètement jaune rosé, nous allons fondre.
Dans la voiture, tout le monde dort, je suis le seul dans la réalité du moment.

Je prendrai bien un café noir avant de fondre complètement.

Confirmation

avant-hier, nous (avec mon collègue) décidons de manger couleur locale !

BBQ, cela semblait parfait.

DAVE BBQ, un bar style saloon, avec un décor à l’américaine d »un goût fort coloré, des lumières de partout, et aussi une clim’ de la mort. J’ai survécu à la clim’ mais je t’assure, c’était limite point de congélation!

BBQ comme barbecue, mais bon, çà tu savais d’jà!

C’était donc l’endroit idéal pour se laisser tenter par la cuisine locale, le parfait barbecue.

Je commande, une bière légère, Bud Light et un Texas Brisket.

Tu attends à peine 5 minutes, et arrive sur la table, un vulgaire plateau en plastique recouvert d’un set de table en papier, toujours très coloré, avec des motifs genre Vichy, et posé à même le set en papier (comprendre sans assiette), une poupée de maïs à ronger, un ramequin d’haricots verts à picorer, une pomme de terre à creuser et posé sur une planche, de fines tranches façon rosbeef du fameux texas brisket.

Déjà, la mise en bouche est mal barrée, t’as pas franchement envie à la simple vue du plateau de poursuivre, mais bon, local, c’est local, je commence.

Oupssssssss!!!! j’ai failli m’étrnagler, le rosbif n’a pas du tout le goût du boeuf, mais alors pas du tout !

C’est une saveur venue de nulle part, un goût dit de « fumée de barbecue ». Maaaaaaaaaaaaaaaa!!! Tu sais même plus ce que tu machouilles, c’est un aliment sauvage complètement enfumé, comme si le cuisinier avait vaporisé sur la viande un excipient à base de « fumée »! Tu ne peux même pas imaginer, je suis sûr, quoique…

J’ai avalé le tout avec assez peu d’entrain, mais bon, j’avais faim.

Comme j’étais sur la lancée couleur locale, je me dis soyons fou, je commande un dessert typiquement américain, un gâteau chocolat façon « brownies », avec sa boule de glace et sa chantilly.

Maaaaaaaaaaaaa!!!! le tout est arrivé dans une assiette de forme carré, blanche, au centre un immense morceau de gâteau au chocolat, en agglomérat rectangulaire, au dessus, une boule de glace au parfum indéfini, tout autour, des amas de chantilly. Ce n’est pas fini, par-dessus le tout, une crème de chocolat liquide, badigeonnée sur l’ensemble, à la façon d’une huile de vidange qui s’égoutte au gré d’un courant d’air.

Je suis resté coi, la preuve, j’ai même pas pris une photo…

Et alors le goût du dessert!!! Le gâteau au chocolat était servi chaud/tiède, un goût de noix de pécan brûlées et de chocolat quasi insipide. Bref, je n’ai pas fini mon dessert, Je crois bien que cela ne m’était encore jamais arrivé.

Et le serveur avec un sourire grand comme çà qui passe sans cesse pour te demander si tout va bien, si tu apprécies et tout et tout. Je te jure, en France, je faisais reporter en cuisine, mais là, suis resté très poli.

Confirmation, la cuisine, ce n’est vraiment pas inné chez les oncles Sam ! Seule la quantité compte.

Matin en sourdine

Dans le matin pas encore là, une belle américaine rouge me croise à vive allure.
Avec le décalage horaire, je me suis réveillé à l’aube! il est tout juste 4h30 du matin.

Il n’y a pas âme qui vive, si ce n’est cette voiture que j’observe du coin de l’oeil. Elle ralentit fortement en face de l’entrée d’un immeuble, et j’entends trois bruits sourds, coup sur coup, comme un règlement en règle avec silencieux.

Au pays de l’oncle Sam, j’ai vraiment l’impression d’être dans un mauvais film ! Je surveille avec beaucoup de méfiance le véhicule qui accélère et s’éloigne à vive allure…

Je ne vois rien, en tout cas rien de visible dans la nuit encore très palpable. Je poursuis ma promenade matinale pour goûter le lever du soleil, seul dans l’aube.

J’ai dû marcher une éternité! Sur le chemin du retour, sans même m’en rendre compte, je passe près de l’endroit où la voiture rouge cerise s’était attardée, avec trois coups secs et sourds rappelant à s’y méprendre les règlements de compte mafieux avec armes à feu!

Je distingue trois rouleaux sous film plastifiés qui jonchent sur le trottoir, je m’approche, curieux…

Et je souris! Tu ne devineras jamais !!!

Il s’agissait du « Wall Street » journal qui avait été déposé balancé par le coursier du matin.

Trop honnête

Trop honnêtes!

Ce matin, je pars tôt et je n’ai pas mon billet (suis assez improvisateur côté voyage).

Évidemment, sur la route, je me retrouve derrière un engin agricole qui me gaspille sans vergogne les quelques minutes que j’avais pour acheter mon billet.

Je monte dans le train non sans avoir évalué le nombre de contrôleurs… Ils sont au moins deux, donc ils vont faire le contrôle, (Vi tu le sais p’têt pas, mais si le contrôleur est seul, il ne fait pas le contrôle systématiquement…)

Je décide donc de me signaler, prudemment. Je tombe sur un contrôleur nouvelle vague, le genre habillé par Christian Lacroix. Costume gris, élégant et en guise de couvre-chef, assorti au costume, dans un gris parfaitement coordonné, une casquette, genre casquette à la Bourvil, casquette de l’après guerre. Il ne lui manque qu’un vélo au lieu d’être dans un TGV et il pourrait paraître tout à fait de l’époque!

Je gamberge très très vite pour minimiser l’impact du coût de la non-acquisition du billet préalablement à ma montée dans le train.

Je n’ai pas deux secondes de réflexion, et je lui sors mon billet pour demain (vi, aujourd’hui c’était un voyage « privé » pour ma radiographie IRM de mon ego, demain c’est réunion du groupe!). Et je fais candidement, « je n’ai pas eu le temps de changer mon billet! »

« Attendez » me fait-il, et il va contrôler deux voyageurs dans la voiture qui suit puis revient en disant, « vous n’avez pas de chance, c’est une période de pointe! » (Comprendre que mon billet pour demain étant en période dite normale, il va me falloir quand même payer, Grrrrrrrrrrrr!!!).

Et 20 euros de supplément tout rond. Le contrôleur est presque gêné devant ma mine déconfite et tant de cruauté voyageuse! Il s’excuse même, me disant qu’il ne peut pas faire autrement vu que je ne suis pas dans la même période.

Je finis par sourire afin d’éviter qu’il ne se jette sur la voie, affirmant que ce n’était vraiment pas grave du tout.

Je règle par carte, (vi désormais les contrôleurs sont hyper équipés), mon contrôleur imprime sur sa mini imprimante sans fil wifi le reçu avec un magnifique code à barre en deux dimensions, j’en profite pour l’interroger sur ce nouveau code à barres qui maintenant apparaît sur tous les billets SNCF. Il me fait, c’est pour identifier le billet directement (çà je m’en doutais, mais c’est histoire d’alimenter la discussion). Il met d’ailleurs en marche sont lecteur infrarouge pour me montrer le bel équipement!

Il repart, et intérieurement, je me dis bien joué, il n’a pas composté mon billet pour demain(vi, ben je l’avais occupé mentalement, entre ma mine de chien battu, ma cravate bleue, mon vif intérêt pour son matériel de martien), j’ai donc un trajet qui dépasse toutes les promos possibles puisque je n’ai payé que l’amende, soit 20 euros pour mon voyage à Paris.

Je vais m’installer et je tente de m’évader en fermant les yeux. J’ai dû voyager deux tours de la terre complet quand je suis soudain interpellé « Monsieur! »

J’ouvre un oeil convulsif, et là je réalise que deux paires d’yeux me dévisagent, mon contrôleur et son superviseur à casquette, lui c’est genre Sudiste (je parle de la casquette, chaque contrôleur a la liberté de l’uniforme, tout en restant… uniforme, si tu suis).

Rah! Mince, il s’est souvenu de son oubli! Je vais donc sortir mon billet et il va me le composter…

« J’ai fait une erreur » me dit-il (vi, ben çà je m’en étais déjà aperçu).

Je m’apprête à sortir mon billet quand il ajoute:

« Je vous ai fait payer une amende beaucoup trop lourde! »

« Ah! Bon ! » (Enfin, c’est ce que je me dis intérieurement dans un brouillard matinal des plus automnaux[c bizarre l’accord, non ?])

« Oui, çà fera 5 euros et non 20 euros! »

« Pffffffffffffff!!! Il ne pouvait pas les garder ses 15 euros, il va me rembourser et me taxer mon billet complet, c’est sûr, moralité… » (‘fin, toujours intérieurement heing!)

« Donner moi votre billet et votre carte »

Je m’exécute et il va s’asseoir sur un siège vacant (il n’y a que l’embarras du choix, nous sommes deux dans la voiture, en pleine période de pointe, il n’est pas encore 6h30… du matin!).

Pendant ce temps, le superviseur me fait le coup de l’explication du guichetier de la SNCF (vi, là j’évite de te raconter, parce que rien que l’idée, j’ai déjà des boutons de la tête au pied!).

Vu que, j’ai un abonnement
Vu que avec l’abonnement, il y a la facilité +1 heure -1 heure par rapport au billet d’origine
Vu que j’ai pris le 6h16 au lieu du 6h40
Je n’ai pas à supporter l’amende forfaitaire pour régularisation du prix du trajet à bord (tu suis ?) car je suis dans la plage dite de tolérance.

« Mais oui, mais oui, dis à ton collègue de se dépêcher une peu! » toujours très intérieurement avec un sourire grand comme deux très visiblement.

Le collègue revient, me fait « la transaction ne passe pas ! »

Et il a toujours en main mon billet pour demain!

Et le superviseur de se lamenter devant les lacunes de ces nouvelles technologies qui manquent cruellement de souplesse et qui par-dessus le marché, font des erreurs.

Je lui fais quand même remarquer, que l’erreur sur un carnet à souche aurait été la même.

Alors il bougonne:

« Oui, oui, vous avez raison, mais au moins avec le papier, nous pourrions annuler facilement et vous rembourser sur le champ!) »

Intérieurement, toujours, je me dis:
« Ben, pas sûr, vu que je n’ai que ma carte pour payer et l’équivalent d’un euro en poche en monnaie au maximum, j’eus forcément usé de ma carte bancaire… alors le papier pour le remboursement tu repasseras »

De vive voix (hypocrite de chez first):

« Evidemment, vu comme çà! »

Pendant ce temps, mon contrôleur m’a demandé mon reçu bancaire, a appelé « SOS contrôleur » et me fait:

« Je régularise manuellement à l’arrivée et vous serez crédité de la différence »

Je n’ai toujours pas récupéré mon billet !!!

Je le remercie vivement pour son efficacité professionnelle en tendant la main!

Ouf! Il m’a redonné le tout, j’ai donc maintenant en main propre, mon billet pour demain (Vi vi intact) et un remboursement en cours.

Je voyage donc ce matin pour Paris pour un montant de 5 euros! La SNCF est ultra compétitive sur la tranche 6h / 8h qu’on se le dise!

Voili, c’était les péripéties d’un voyageur imprévoyant.

 

 

Dis, t’es encore là, t’as tout lu ??? Hi hi hi! Y a une erreur de pure logique dans mon récit…

Alors, t’as trouvé ?

La solution plus bas :

 

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