Improbable

Cet après-midi il tombe de la neige sur Paris, enfin, quelques flocons épars.

Je regarde la tour St Jacques qui a un air un peu triste sous cet assaut de bruine floconneuse.

Paris même sous la pluie reste Paris.

Je me prends pour un parisien pressé, brusque freinage.
Oh sorry !
Juste réaliser que je viens de m’excuser en anglais auprès d’un parfait locuteur français.
Rame à l’arrêt, encore 3 mn et je vais rater mon TGV.

Départ en vacances, la gare est une fourmilière totalement désorganisée.

Hop, sauter dans la voiture, Just in time.

J’ai soif mais pas l’énergie de me rendre au bar. Je préfère écrire.

Je t’imagine dans un bar, une bière à la main et du coup la pépie s’accentue. Le cerveau humain est parfois incroyablement facétieux.
Si tu me réponds que tu étais au même moment dans un pub irlandais improbable, alors ce sera de la magie.

Improbable.

Ma voisine de TGV dévore le dernier Legardinier, mon voisin lit un eBook sur iPad et la voisine d’en face s’est assoupie.

J’ai du te perdre en chemin.

Du coup, je vais tenter de te retrouver avec une bière au bar. Le cerveau est aussi redoutable dans ses convictions.

Lidiop

C’est une journée ordinaire dans l’hiver de Paris.

Dehors il fait presque doux après quelques semaines de froidure

Dehors Paris invite à la balade, ile de la cité, pont-neuf, les cousins d’Amérique sont émerveillés comme je le suis, comme une première fois.

Beau.

Dans le metro, encore de nombreux parisiens tout en couleur, tranquilles.

Changement à République, dans les couloirs, une voix, une vraie voix.

Je m’attarde, tend une oreille, finit par rester un instant infini, un moment de suavité musicale.

Le chanteur captive .

Je glisse une pièce et glane son flyer.

Lidiop, c’est son nom.

Pour l’écouter : c’est ici

Liberté

Poème de Paul Eluard dans un recueil clandestin de 1942 « Poésie et vérité ».
Un poète que j’aime beaucoup.
Poème intemporel repris par les Enfoirés en 2016.

libertéFLéger

 

 

 

Fernand Léger

(Illustration du poème de Paul Eluard)

 

 

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffées d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes raisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté