Jeudi 13 août

Un treize empreint d’une odeur de superstition s’affiche sur l’icône de mon agenda.

 

Je suis parti tôt, le train file à grande vitesse, logique, c’est même dans son patronyme, comme une définition.

 

Dehors, la température a chuté, juste un peu. Le ciel s’est drapé dans un voile gris bleuté. Le soleil est juste caché, derrière ces quelques nuages tirés comme une persienne italienne. Dedans, malgré l’air conditionné, je ne perçois pas du tout cette fraîcheur vivifiante qui tape au carreau.

 

J’ai envie d’appuyer sur pause et de sortir dans les champs juste moissonnés. Le temps d’une balade pieds nus dans le chaume doré, humer l’air, respirer.

Prendre le temps, lentement, sentir la rugosité des restes de paille sous la plante des pieds, compter les balles rondes comme on compte les moutons et perdre mon regard loin à l’horizon.

 

Il va faire beau en ce jour du 13.

 

Titre : Shenandoah meules de foin / Artiste : David Ralph

 

Goldwin

J’aime être dans l’instant non programmé, l’imprévu.

J’arrive à Charles de Gaulle.

Comme je dois prendre le TGV, je n’ai que 3/4 heure ou alors …je vais devoir rester ici ce soir.
Un moto-taxi-man m’apostrophe en me disant très poliment :
« un moto-taxi monsieur ? vous savez c’est très encombré à cette heure-ci ! »
Il faut dire que le gars m’a repéré, il n’y a qu’une personne qui ne prend pas les escalators et qui dévale les marches 4 à 4, c’est moi.
D’ailleurs c’est un indice sérieux, si tu croises un homme qui escalade les escaliers au lieu de prendre les escalators ou l’ascenseur, ce sera moi !
Au moment où il m’interpelle, je n’ai pas encore consulté ma montre, je suis concentré sur le seul objectif qui me tenaille, rejoindre la file de taxi au plus vite pour pouvoir prendre mon train. Lorsque 20 mètres plus loin, (je marche aussi très vite !) je réalise qu’un taxi est improbable pour rejoindre le TGV en temps et en heure, que la combinaison RER-Metro sera tout aussi improbable, je me ravise.
Je reviens sur mes pas et je lui fais :
« il vous faut combien de temps pour Gare du Nord et combien çà coûte ? »
(oui, je suis du genre à poser deux questions en une pour gagner du temps).
Il me répond :
« 20 minutes chrono et ce sera 60 euros. »
20 minutes çà me va.
60 euros, c’est un peu cher au regard du prix de la course pour venir à l’aéroport voire d’une nuit d’hôtel, j’accepte.
Figure-toi (et non ce n’est pas romancé) que je ne suis jamais monté sur une moto de toute ma vie ! Sauf pour faire 500 mètres sans casque il y a, quelques dizaines d’années, j’étais ado !
Et faire 500 mètres à moto, c’est pas vraiment faire de la moto tu en conviendras…

Je le suis, nous marchons des kilomètres dans les halls, il a du mal à me suivre.
Les motos-taxis sont à l’écart, je crois me souvenir qu’ils ne sont pas « persona grata » vus par les taxis parisiens.
C’est la blanche !
Superbe, je me dis.
Il ouvre la porte d’un coffre sous le siège et me tend une veste de motard.
Sort une (mince je n’ai plus le mot, et comme je n’ai pas internet pour m’aider, vous savez un bonnet de papier que l’on pose pour des raisons hygiénique, rahhh ! tant pis, une maryse ?, non c’est pas çà Grrr ! Une charlotte, oui çà doit être la dénomination correcte)
Il me pose d’autorité le casque intégral sur les oreilles.
Me propose d’enfiler des gants.
Me voilà paré, je regrette juste que tu ne puisses me prendre en photo.
Je surveille attentivement comment il fixe mon bagage, il s’agirait pas de le perdre, y a mon MBA perso dedans
Il réalise très bien que je l’espionne du coin de l’oeil comme s’il était au check point Charlie, alors il s’applique et çà se voit, je suis rassuré.
Il me fait :
« le casque ! »
Je ne comprends pas
Alors il abaisse lui même la mentonnière et la visière, je suis le parfait néophyte.
Il me dit :
« mettez d’abord le pied gauche »
Hop, je suis installé comme dans un fauteuil (d’ailleurs c’est un fauteuil!).
Il rabat sur mes jambes une protection.
Tour de clef, le moteur vrombit, c’est un superbe son, j’aime !
La moto est gigantesque, je t’ assure.
il sort prudemment du parking et hop il accélère.
Sans mentir, je suis plaqué au dossier, un pur bonheur, j’adore çà.
Il roule à vive allure sans que je ne sache apprécier vraiment la vitesse, je manque de repère avec cette sensation nouvelle de circuler à moto.
Il louvoie entre les voitures sans même ralentir, j’adore toujours plus.
Un sentiment de fluidité, woah !
Il y a maintenant une musique dans le casque, sa playlist je suppose, je ne reconnais pas mais çà swingue, c’est une ambiance sonore tout à fait géniale, comme dans un film, comme une bande son.
Je penche la tête pour observer la vitesse de mon chauffeur à moto.
J’ai du mal à lire, il y a deux compteurs mais je ne parviens pas à déchiffrer, d’autant que la visière n’améliore pas l’acuité de ma vision.
En tout cas, il va vite, euh ! nous allons vite.
A l’approche du périphérique, la circulation devient de plus en plus dense. Il roule beaucoup moins vite mais la sensation de vitesse ne change guère, se faufiler entre les voitures, si proches, c’est à nouveau grisant, j’adore toujours.
Nous arrivons bientôt près du Stade de France, nous passons devant nombre de bureaux, je te sens proche, woah ! une sensation inexplicable, le coeur qui s’accélère alors que la moto ralentit, un peu comme un oxymore (j’abuse des oxymores quand j’écris).

Nous arrivons porte de Clignancourt, il me fait :
« çà va ? »
Je lui réponds :
« c’est génial ! »
Il sourit et me répond, oui c’est vraiment parfait.
Au feu, je lui avoue que c’est la première fois que je monte sur une moto.
« Ah oui ! c’est vrai ? »
« Oui, oui. »
« Alors vous, vous n’êtes vraiment pas froussard !!! »
« J’ai déjà véhiculé des motards qui m’auraient demandé depuis longtemps de lever le pied dès les premiers kilomètres. »

Nous arrivons, en 22 minutes chrono.
Synchronicité du moment, je reçois un texto.
J’aime beaucoup ces moments de synchronicité temporels imprévisibles et inexplicables.

Ah ! j’oubliais, c’était une moto Honda Goldwin.

 

Improbable

Cet après-midi il tombe de la neige sur Paris, enfin, quelques flocons épars.

Je regarde la tour St Jacques qui a un air un peu triste sous cet assaut de bruine floconneuse.

Paris même sous la pluie reste Paris.

Je me prends pour un parisien pressé, brusque freinage.
Oh sorry !
Juste réaliser que je viens de m’excuser en anglais auprès d’un parfait locuteur français.
Rame à l’arrêt, encore 3 mn et je vais rater mon TGV.

Départ en vacances, la gare est une fourmilière totalement désorganisée.

Hop, sauter dans la voiture, Just in time.

J’ai soif mais pas l’énergie de me rendre au bar. Je préfère écrire.

Je t’imagine dans un bar, une bière à la main et du coup la pépie s’accentue. Le cerveau humain est parfois incroyablement facétieux.
Si tu me réponds que tu étais au même moment dans un pub irlandais improbable, alors ce sera de la magie.

Improbable.

Ma voisine de TGV dévore le dernier Legardinier, mon voisin lit un eBook sur iPad et la voisine d’en face s’est assoupie.

J’ai du te perdre en chemin.

Du coup, je vais tenter de te retrouver avec une bière au bar. Le cerveau est aussi redoutable dans ses convictions.

Lidiop

C’est une journée ordinaire dans l’hiver de Paris.

Dehors il fait presque doux après quelques semaines de froidure

Dehors Paris invite à la balade, ile de la cité, pont-neuf, les cousins d’Amérique sont émerveillés comme je le suis, comme une première fois.

Beau.

Dans le metro, encore de nombreux parisiens tout en couleur, tranquilles.

Changement à République, dans les couloirs, une voix, une vraie voix.

Je m’attarde, tend une oreille, finit par rester un instant infini, un moment de suavité musicale.

Le chanteur captive .

Je glisse une pièce et glane son flyer.

Lidiop, c’est son nom.

Pour l’écouter : c’est ici